Le Bienheureux Père Louis Mzyk SVD (1905-1940)

Louis Mzyk naquit le 22 avril 1905 à Chorzów en Haute Silésie comme cinquième de neuf enfants. Son père était contremaître dans la mine de charbon. La famille était profondément croyante. Louis depuis son tendre enfance était servant de messe et s'intéressait aux problèmes de la religion et de l'Eglise. Une retraite paroissiale prêchée par un prêtre SVD l'orienta vers la vocation missionnaire. Au début, les parents n'acceptaient pas que leur fils devienne missionnaire, mais avec le soutien de la famille lointaine et de son curé, Louis put commencer les cours secondaires au Petit Séminaire de Neisse le 13 septembre 1918. Pendant les vacances, il travaillait avec son frère dans la mine de charbon pour aider la famille éprouvée par la mort du père. Il fut membre de la confrérie " Kwikborn " qui renonçait à l'alcool et au tabac. A la fin des études secondaires, à l’exemple de Grignon de Montfort, il se consacra entièrement à la Vierge Marie.mzyk obr

Après son bac en 1926, il entra au noviciat SVD à Sankt Augustin près de Bonn et prononça ses premiers vœux en 1928. Après avoir terminé les études philosophiques et se faisant remarquer par ses capacités intellectuelles, il fut envoyé à Rome pour les études théologiques. Là, le 30 octobre 1932, il fut ordonné prêtre. Après l'ordination sacerdotale, il continua ses études et obtint le titre de docteur à Pontificia Universitas Gregoriana le 5 février 1935. La même année, il fut nommé maître de noviciat à Chludowo près de Poznan en Pologne.

Les témoignages de ses anciens novices sont unanimes «Nous avons eu un saint maître. Par son humilité, gentillesse et son assiduité il rattrapait son manque d'expérience. Notre maître donnait l'exemple d'une saine ascèse, il était assez exigeant pour les autres mais encore plus pour lui-même. Il appartenait à ce type de gens qui rayonnent dans leur milieu et laissent les traces de leur présence. Il était non seulement notre supérieur mais aussi notre modèle.»

En 1939 le père Mzyk devint recteur de la maison religieuse de Chludowo. Alors éclata la guerre. Les premiers jours de l'occupation allemande étaient assez calmes, les Allemands ne venaient pas souvent à la maison religieuse. Mais les nouvelles sur les arrestations et expropriations laissaient penser que ce calme n'était qu'apparent et ne pouvait durer. Le père Mzyk commença à faire les démarches pour évacuer les novices dans des lieux plus sûrs. Mais il n'était pas assez énergique. Elevé dans la culture allemande il faisait confiance aux Allemands ne prenant pas au sérieux le fait qu'ils étaient agresseurs. Il essayait de pactiser avec l'armée mais en même temps il se rendit suspect à la police secrète.

Le 25 janvier 1940 il fut arrêté par la Gestapo et emprisonné au Fort VII de Poznan. Au siège de la Gestapo on lui enleva la soutane et on le battit terriblement. A moitié nu il fut emmené dans le froid de l'hiver au Fort. Le père Wigge, envoyé par le Généralat SVD pour demander sa libération, ne réussit même pas à s'assurer que le père Mzyk vivait.

Les informations sur sa mort proviennent de témoins oculaires, l'abbé Sylwester Marciniak et l'abbé Franciszek Olejniczak, qui partageaient la cellule avec lui. Le premier écrit:

«J'ai rencontré le père Mzyk dans la cellule 60 au Fort VII à Poznan le 1er février 1940. Il la partageait avec 28 prisonniers dont la plupart était des étudiants. Tous souffraient de faim. Jour et nuit les gardiens faisaient des incursions dans la cellule et les frappaient sans raison. Le père Mzyk suivait les ordres consciencieusement, avertissait du danger et priait constamment. Le mercredi des Cendres, 7 février, tous les prêtres furent rassemblés dans la cellule 69. Ce jour-là, ils furent traités plus durement que les autres prisonniers. Les responsables s'intéressaient tout particulièrement au père Mzyk qu'ils considéraient comme un adversaire exceptionnellement dangereux. Le père n’avalait pas ses mots pendant l’arrestation et l'interrogatoire. Un jour, Hoffmann, gardien de la prison, l'appela dans le couloir et le battit terriblement.

Le 20 février dans l'après-midi le sous-officier Dibus entra dans la cellule avec un chauffeur et ils commencèrent par battre tout le monde, surtout le père Mzyk qui reçut beaucoup de coups au visage. Ce jour devait être son dernier jour. Vers 22 heures nous entendîmes le chant forcé des prisonniers ukrainiens. C'était le signe que les nazis font le tour des cellules. Ils ouvraient les cellules et maltraitaient les prisonniers. Ils s'approchèrent de notre cellule et le vacarme s'intensifia. On put entendre des chants, des cris, des gémissements, des coups de fusil. Bientôt nous entendîmes : " Jetzt zu den Pfaffen " (Maintenant aux calotins). Ils ouvrirent notre cellule et nous firent sortir. Parmi eux il y avait Hoffmann et Dibus. Ils nous alignèrent dans le couloir. Ils nous choisirent: moi, l'abbé Galka et le père Mzyk; les autres purent regagner leur cellule. Ils nous firent courir. Au bout du couloir ils ont commencé à battre l'abbé Galka et le père Mzyk.. Après une demi-heure environ Dibus a conduit le père Mzyk au portail de l'Est, et devant le portail il a tiré sur lui par derrière directement dans la tête. Quand le père est tombé par terre il a tiré un deuxième coup. Moi-même et l'abbé Galka nous avons regagné notre cellule. Après une demi-heure nous avons entendu qu'on ramassait le corps du père Mzyk. Après cet incident on nous a laissé quelques jours tranquilles.»

Le père Olejniczak qui est aveugle ajoute encore un détail : «Dibus, choisissant ses victimes, les frappait au visage, leur donnait les coups de pied sans arrêt. Au cours d'un de ses actes de violence le père Ludwik fut fortement atteint. J'ai voulu le soutenir, et en m'approchant de lui je lui adressai quelques mots de réconfort. Il me répondit : " L'élève ne peut pas être plus grand que son Maître " en pensant à la Passion du Christ. Alors, je me suis penché vers lui en lui demandant sa bénédiction.»

Les confrères rescapés des camps ont écrit : «Les séminaristes regrettent surtout la disparition de leur maître de noviciat. Dans les camps de Gusen, de Dachau ou de Sachsenhausen, sa personnalité était le sujet préféré de nos conversations. Nous l'avions choisi comme témoin invisible des nos vœux religieux que nous prononçâmes dans les camps. C'est lui qui figurait au début de la liste des confrères assassinés dans les camps, c'est lui que nous avons imploré pour qu'il intercède pour nous aux moments de détresse dans notre vie de camp.»

Il a été béatifié par le pape Jean-Paul II, le 13 juin 1999, à Varsovie, parmi les 108 martyrs polonais de la Seconde Guerre mondiale.

 

 

Le Bienheureux Père Alojzy Liguda SVD (1898-1942)

Alojzy Liguda naquit le 23 janvier 1898 à Winau (Haute Silésie) comme le dernier de sept enfants. L'atmosphère de générosité et de piété de la maison familiale eut une grande influence sur sa vocation religieuse. Son père était très actif dans la vie paroissiale, il organisait des pèlerinages à pied aux sanctuaires de Wambierzyce et de Mont-Sainte-Anne. La lecture des revues missionnaires orienta le jeune Alojzy vers la Société du Verbe Divin. A l'âge de quinze ans, Alojzy entra au Petit Séminaire de la SVD à Neisse. Ses études secondaires furent interrompues par la guerre 1914-1918. Alojzy fut enrôlé dans l'armée en 1917 et envoyé sur le front français comme canonnier.liguda obr

Il eut son bac en 1920 et commença le noviciat à Sankt Gabriel près de Vienne. Il prononça ses premiers vœux en 1921, après quoi il fit un stage d'un an au Petit Séminaire de Mehlsack (Pieniezno) où il enseignait le latin et les mathématiques. De retour à Sankt Gabriel il étudia la théologie et, le 26 mai 1927, il fut ordonné prêtre. Bien qu'il eût désiré devenir missionnaire en Chine ou en Nouvelle Guinée, il reçut une affectation pour la Pologne. A Poznan il étudia la littérature polonaise et obtint la maîtrise en 1934. Restant encore étudiant, il fut aumônier à l'école des Sœurs Ursulines. Sur l'insistance des sœurs et des élèves il publia ses conférences spirituelles en deux recueils : "Audi filia" et "En avant et plus haut" qui reçurent un très bon accueil. Ces recueils contiennent des réflexions profondes sur le rôle de la femme dans le monde sur la base des textes bibliques. Le père Alojzy publia encore un recueil de commentaires sur les lectures dominicales intitulé "Pain et sel". Ce livre dévoile la personnalité de l'auteur. En se référant aux paroles de Jésus Christ : "Je suis sorti d’auprès du Père, et je suis venu dans le monde", il écrit : «Il faut seulement que je me rappelle ces paroles à temps pour me réconforter. Elles me garderont de la tristesse, me protégeront du désespoir. Je porterai haut la tête malgré les échecs et l’humiliation. On peut me maltraiter mais on ne peut pas m'avilir. Les révolutions peuvent annuler tous mes diplômes et titres mais la filiation divine, personne ne peut me l'arracher. Que je pourrisse dans la prison, que je crève de froid, je répéterai sans cesse Exivi a Patre, Dieu sera pour toujours mon Père.»

Après ses études, le père Alojzy fut nommé professeur de la langue polonaise et d'histoire au Petit Séminaire de Górna Grupa. Les dimanches et les jours de fêtes il célébrait la Messe à la garnison de Grupa ; pendant les vacances il prêchait des retraites. En juin 1939, il fut nommé recteur du Petit Séminaire. Quand éclata la guerre, le séminaire devint un camp d'internement pour les prêtres habitant la maison, auxquels s'ajoutaient, à partir de 29 octobre 1939, environ 80 prêtres et séminaristes du diocèse de Chelmno. Un des prêtres internés, l'abbé Malak, dans son livre "Calotins dans les camps", écrit : «Nous étions reçus par le Père Recteur Liguda. Sa grande silhouette en soutane circulait courageusement entre les S.S. Cela réconfortait les prêtres internés. Les jours et semaines suivants il réconfortait les camarades par son humour et sa générosité. On l'écoutait volontiers parce qu'il parlait comme un prophète, attisait l'espoir et avait toujours de bonnes paroles.» On pensait que les prêtres seraient libérés. Cependant, le 11 novembre, on emmena quinze prêtres et deux séminaristes dans la forêt de Grupa où ils furent fusillés. Le père Liguda essaya de consoler les prêtres accablés par cette nouvelle. Il était pourtant conscient que la situation était devenue dangereuse. Comme guidé par un pressentiment, il envoya à sa famille des vœux de Noël sur une carte montrant le Christ portant la croix, suivi de prêtres, chacun avec une croix à la main.

Le 5 février 1940, les internés furent transférés à Nowy Port, filiale du camp de concentration de Stutthof. Dans des conditions de faim, de saleté, de travail forcé et sous les coups des oppresseurs, le père Alojzy restait " une bonne âme " pour ses camarades. C'était surtout grâce à lui que la messe de Jeudi Saint put être célébrée. Début avril, le père Liguda avec une partie des prisonniers fut transporté au camp de Grenzdorf, puis à Sachsenhausen. Cela ressemblait à un passage du purgatoire à l'enfer. Le sort lui était plus favorable. Grâce à sa parfaite connaissance de la langue allemande, il fut assigné à l'enseignement de cette langue aux prisonniers. L'un d'eux décrit ainsi ses leçons : «On commençait par envoyer des gardes aux fenêtres pour qu'ils puissent avertir dès qu'un S.S. s'approchait. Le père Liguda racontait des blagues ou prêchait des conférences sur divers sujets. Parfois un des prêtres-prisonniers partageait son savoir.»

On pensait que le père Liguda serait libéré. Le Généralat SVD, la Nonciature à Berlin, la famille, même un pasteur protestant que le père avait défendu contre les représailles firent des démarches en vue de sa libération. Mais les chances étaient faibles parce que le père Liguda appartenait à la classe des intellectuels polonais qui constituaient la cible privilégiée des persécutions.

Le 14 décembre 1940, le père Alojzy fut transféré à Dachau où il reçut le numéro 22604. Malgré les conditions inhumaines, il ne perdait pas son attitude d’humour. En janvier 1941, une épidémie de gale frappa le camp. Le père Alojzy en devint aussi victime… Très affaibli par la maladie, il fut assigné au groupe de transport : un travail qui demandait pourtant beaucoup de force. Le kapo de ce groupe, Rogler, était connu pour sa brutalité. Un jour, l’un des prisonniers russes alluma une cigarette dans le dépôt, ce qui était considéré comme un crime. Tout à coup Rogler entra dans le dépôt. Il éteignit vite la cigarette mais la fumée se faisait encore sentir. Rogler demanda au père Liguda de dire qui avait fumé. La situation était tendue. Le père prit la responsabilité sur lui et répondit que c'était lui. Le kapo enragé le prit dans sa chambre et le frappa fort au visage. Puis fatigué, il contrôla les vêtements du père et ne trouvant pas de cigarettes, il lui demanda où il les avait cachées. Le père Alojzy répondit qu'il n'en avait pas : «J'ai fumé mais pas aujourd'hui». Les tortures se terminèrent par l'aveu du coupable mais le kapo retint l'attitude du père.

A la suite des tortures et de l'épuisement, l'organisme du père montrait les symptômes de la tuberculose. Il fut transféré à l'hôpital du camp. Il put s'y rétablir, surtout que la nourriture était meilleure et il reçut aussi des paquets de sa famille. Mais inopinément il fut assigné au groupe d’invalides. Il comprit que cela signifiait la mort. Il écrivit à sa famille : «Ma mère aura bientôt 84 ans. Autant je lui souhaite sincèrement une très longue vie, autant je ne voudrais pas qu'elle survive à son benjamin. Cela signifierait pour elle une tragédie. Quant à moi, je pense souvent que je reverrai bientôt mon père et mes frères décédés. Peut-être la Providence veut-elle que je sois plus mûr et plus riche spirituellement et pour cela il me faut encore souffrir.»

Le groupe de dix prisonniers auquel appartenait le père Alojzy, fut bestialement noyé, la nuit de 8 décembre 1942. Il paraît que, sous l’insistance du kapo, on arrachait tout d'abord des lames de peau du père Alojzy avant de le noyer. Un des exécuteurs devait avoir dit qu'il ne voudrait plus jamais commettre de telles bestialités, tant il était dégoûté. Le kapo se vengea du père parce que celui-ci défendait les malades et réclamait le juste partage de la nourriture. Ayant mis le nom du père Alojzy sur la liste des invalides, il veilla à ce qu'il meure d'une manière atroce.

Ses camarades gardèrent du père Liguda le souvenir d'un homme providentiel. Il aidait les prêtres, surtout les vieux et les malades. Il les défendait. Dans les conditions du camp il essayait de vivre comme prêtre et supportait à la fois le mépris des athées, des communistes et des kapos qui ridiculisaient la religion et le sacerdoce. Par son comportement exemplaire, par ses qualités intellectuelles et spirituelles, il faisait taire beaucoup d'athées. Il devint très rapidement le guide des prisonniers. Il était considéré comme un saint. On voulait se débarrasser d'un " calotin audacieux ". Les nazis le maltraitaient mais le respectaient aussi parce qu'il parlait bien et défendait toujours les prisonniers sans chercher de profit personnel. Ceux-ci avaient toujours confiance en lui parce que c'était un homme honnête, juste, un vrai prêtre. Pour beaucoup il était un soutien moral, une âme fraternelle. Il ne perdait jamais la tête et gardait toujours confiance, contemplant déjà une autre réalité et répétant souvent «Dieu sait tout.»

Il a été béatifié par le pape Jean-Paul II, le 13 juin 1999, à Varsovie, parmi les 108 martyrs polonais de la Seconde Guerre mondiale.

 

Le Bienheureux Père Stanislaw Kubista SVD (1898-1940)

Stanislaw Kubista naquit le 27 septembre 1898 à Kostuchna près de Mikolów en Haute Silésie. Son père, Stanislaw, était forestier, connu pour son tempérament harmonieux, son discernement et sa piété. Sa mère, Franciszka, femme de piété et d'assiduité exceptionnelles, consacra entièrement sa vie à l'éducation de ses neuf enfants parmi lesquels Stanislaw était le cinquième. La famille des Kubistas vouait un culte particulier à Notre-Dame du Rosaire. Tous les jours ils priaient le chapelet. Cette atmosphère religieuse favorisait les vocations. La fille aînée, Anna, entra au couvent à Vienne où elle mourut en 1918. A l'époque, la Pologne n'existait pas, et cette partie du pays appartenait à la Prusse. Stanislaw apprit à lire tout d'abord en polonais bien qu'il fréquentât l'école allemande obligatoire où la langue polonaise était strictement interdite. Sa vocation missionnaire naquit très tôt grâce à un frère de la Société du Verbe Divin (SVD) qui distribuait des journaux et des livres missionnaires en polonais. Stanislaw attira l'attention de l'abbé Michatz, vicaire à Mikolów, qui, en découvrant sa vocation, le fit admettre au Petit Séminaire de la SVD à Neisse en 1912.kubista obr

Stanislaw ne put terminer le séminaire dans le temps régulier parce que le 31 mai 1917 il fut enrôlé dans l'armée prussienne et sera libéré en mai 1919. Stanislaw reprit donc ses études au Séminaire. Après son baccalauréat en 1920 et une année de noviciat à Sankt Gabriel près de Vienne, il prononça ses premiers vœux religieux et commença des études de philosophie et de théologie. Les témoignages de ses formateurs allemands étaient unanimes: «Kubista est un peu mélancolique, calme, silencieux et modeste; il est un peu fermé, un bon travailleur très consciencieux. Il observe la Règle, est exact et aime en tout l'ordre, mais c'est un patriote polonais qui souffre d'un amour caché pour sa patrie.» Il fit de bonnes études. Selon l'opinion des professeurs: « Il montre un talent littéraire en langue polonaise et il serait un bon enseignant.» En tant que séminariste, il écrivait parfois des articles pour les journaux polonais. Les collègues ne formulaient aucune réserve envers lui et le recommandaient à l'unanimité aux vœux perpétuels qu’il prononça le 29 septembre 1926. A l'âge de 29 ans, le 26 mai 1927, il fut ordonné prêtre.

Interrogé par les supérieurs sur ses intérêts personnels, il répondit: «la littérature et les essais littéraires. Mon désir, c'est la mission et le travail pastoral. Je ne suis pas attiré par l'enseignement. Je jouis d'une bonne santé. Je voudrais partir en mission : en Chine, aux Philippines ou en Nouvelle Guinée.» En automne 1928 le Père Kubista fut affecté au Petit Séminaire de Górna Grupa (Pologne du Nord) où il devint l'économe d'une communauté de 300 personnes composée de prêtres, frères, novices, postulants et élèves. Ayant fait preuve de ses capacités en gestion, l'année suivante on lui confia en plus la gérance des biens de la Société du Verbe Divin de toute la Pologne. A part la tâche d'économe, le père Kubista rédigeait dès 1929 la revue "Le Petit Missionnaire" puis, à partir de 1933, le "Calendrier du Petit Missionnaire" et la revue "Le Trésor Familial". En 1937 il fonda encore une revue: "Messager de Saint Joseph". Pendant ce temps le nombre des abonnés augmenta considérablement. Le père Stanislaw fut non seulement rédacteur mais aussi écrivain. Ses articles, surtout dans le "Trésor Familial", montrent sa profonde pensée religieuse et son esprit pratique. Le programme de son travail, il le résuma en une seule phrase: "travailler avec Jésus pour le salut des âmes" ("Le Petit Missionnaire" de 1937, p. 94). Il écrivit aussi des récits et romans : "Histoire des forêts africaines", "Reine Matamba", "Brigitte", "Ténèbres et Clarté", et une pièce de théâtre sur l'histoire des Incas au Pérou, intitulée "La Croix et le Soleil".

Le père Stanislaw fut un grand adorateur de saint Joseph. Il confiait à son intercession ses multiples travaux. C'est avec son aide, – avouait-il – qu’il avait pu construire l'imprimerie et acquérir les machines nécessaires. Le nom de saint Joseph figurait dans le titre de sa nouvelle revue. Comptant sur l'aide de saint Joseph, il commença la construction d'une aile du Séminaire malgré un manque d'argent notoire. Le père Stanislaw fut aussi un confesseur recherché, surtout par les séminaristes.

Ainsi, vaquant à ses multiples occupations, il fut surpris par la guerre. Le premier conflit avec la Gestapo ne tarda pas. On lui interdit de payer aux Polonais les dettes contractés. Un témoin oculaire raconte: «Le père Kubista a voulu payer quelques centaines de zlotys à une pauvre veuve. Surveillé par un agent de la gestapo, il l'a regardé dans les yeux d'un regard si pénétrant que celui-ci fut confondu et désarmé comme par une force supérieure». Il dut hélas regarder lorsque sous ses yeux on détruisait l’imprimerie, son lieu de travail tant aimé, et les vivres qu'il avait réunis avec beaucoup de peine pour nourrir les habitants du Séminaire. La situation s'aggrava quand, le 27 octobre 1939, tous les pères et frères de la communauté, au nombre de soixante-quatre, furent arrêtés, et le Séminaire converti en camp d'internement. Les jours suivants le nombre des prisonniers s'agrandit. Les nazis arrêtèrent quatre-vingt prêtres et séminaristes des alentours. Comme les biens du Séminaire ainsi que la ferme furent confisqués, les religieux restèrent sans moyens de vivre. Le père Stanislaw en tant qu'économe, s'en remettant entièrement à saint Joseph et trouva une solution. Il obtint de la Gestapo que les paroisses des prêtres internés fournissent la nourriture et le combustible au Séminaire.

Le 5 février 1940 les nazis emmenèrent les internés à Nowy Port, une filiale du camp de concentration de Stutthof. Le froid, la faim, le travail forcé et un traitement inhumain renforçaient les terribles conditions sanitaires. L'unique consolation fut la Messe du Jeudi Saint, le 21 mars 1940. En effet, les pères Kubista et Liguda réussirent dans le plus grand secret à célébrer l'Eucharistie et à donner la Communion aux prisonniers. Pour le père Kubista, ce fut le viatique sur la route du martyre. Avant, il était toujours en bonne santé, joyeux et serviable, mais alors ne supportant pas la nourriture du camp, sa santé se détériorait, et en fin de compte il tomba malade. Cela n'empêchait pas les oppresseurs de le faire travailler durement comme tous les autres prisonniers. Les nazis, ayant comme but l’anéantissement du clergé, s'appliquaient à la réalisation de ce projet avec une satisfaction diabolique.

Le 9 avril 1940, au cours du transport à Sachsenhausen dans des wagons à bestiaux, l'état de santé du père se détériora: il souffrait de pneumonie. Une fois arrivé il fut astreint à un travail trop dur même pour des personnes solides, un travail qu'on réservait tout spécialement aux "calotins haïs". Enfin il devint si faible que ses camarades durent le soutenir des deux côtés, le porter à la place de l'appel. Il endurait tout cela avec un grand calme, s'en remettant à la volonté de Dieu. Le kapo le désigna comme candidat à la mort. La nuit il devait coucher au WC. Il tint trois jours. Le témoin oculaire, le père Dominik Józef, décrit ses dernières heures: «Le soir je lui portais une couverture misérable, pas de draps, pas de coussin ; il chuchotait : "Je n'en ai plus pour longtemps. Je suis très faible. Mon Dieu, comme j'aimerais revenir à Górna Grupa mais Dieu a apparemment d'autres projets pour moi. Que sa volonté soit faite !»Je reçus sa confession en cachette... Le 26 avril 1940, au retour de l'appel, nous le couchâmes dans la baraque à même le sol. Il restait à plat sur le dos près du mur tandis qu'on nous forçait à nous tenir au garde-à-vous... Tout à coup entre dans la baraque le chef du bloc : un prisonnier allemand, un criminel professionnel... Que d'hommes innocents il envoya dans l'autre monde ! Aux tortures prévues par le règlement il en ajoutait ses propres… Il y avait ceux qu'il haïssait tout spécialement : les prêtres. Il ne les manquait en aucune occasion... Il nous accueillit d'un regard bestial, puis ses yeux fixèrent avec une joie diabolique le père Kubista. Il s'approcha de lui et dit : «Ta vie ne vaut plus la peine !» Et avec un sang-froid il posa un pied sur sa poitrine, puis l'autre sur la gorge et, en pressant avec force, il broya la cage thoracique du père. Un court râle et un frémissement mortel terminèrent la vie du martyr.

Il a été béatifié par le pape Jean-Paul II, le 13 juin 1999, à Varsovie, parmi les 108 martyrs polonais de la Seconde Guerre mondiale.

 

Le Bienheureux Frère Grégoire, Boleslaw Frackowiak SVD (1911-1943)

Boleslaw Frackowiak, naquit le 18 juillet 1911 à Lowecice près de Jarocin (Grande Pologne) dans une famille de cultivateurs, huitième de douze enfants. Il fut baptisé à l'église paroissiale de Cerekwica, suivit les cours primaires à l'école polonaise. Dès son enfance il fut servant de messe, il rendait souvent service au curé. Tous les mois il se confessait et recevait la communion. Le dimanche, son père avait l'habitude d'interroger ses fils sur le contenu du sermon entendu à la messe. Boleslaw savait répéter exactement les paroles du curé.frack obr

En 1927 la Société du Verbe Divin ouvrit le Petit Séminaire pour les vocations tardives à Bruczków, non loin du village de Boleslaw. Alors, ses parents, suivant les conseils du curé qui avait découvert en ce jeune homme sa vocation religieuse, l'inscrivirent au cours secondaire. Sorti d'une école de village, Boleslaw ne put pas suivre avec succès l'enseignement du Petit Séminaire. Ses éducateurs lui conseillèrent de devenir frère religieux. Il fut admis au postulat SVD à Górna Grupa en 1929 et, après un an, le 8 septembre 1930, commença le noviciat. Il y reçut le nom religieux de Grégoire. Après deux ans de noviciat, il prononça ses premiers vœux. Toujours souriant et serviable, il apprenait le métier de relieur. Il aidait à la cuisine, à la sacristie et à l'accueil. Il s'occupait tout particulièrement des pauvres en disant qu'un pauvre est le Christ lui-même qui frappe à la porte de la maison et pour cette raison il faut le servir avec amour. De cette période proviennent ses carnets de prières et ses notes : "Exercices spirituels quotidiens" et "Exercices spirituels" dans lesquels, aux prières recopiées de livres pieux, s'ajoutent ses prières personnelles. Les confrères respectaient le frère Grégoire, et les élèves de l'internat lui manifestaient leur estime en le choisissant comme conseiller privilégié. Son directeur spirituel le montrait aux autres comme modèle de religieux. Le Frère Grégoire prononça ses vœux perpétuels le 8 septembre 1938.

La guerre éclata, et la Gestapo transforma la maison religieuse en camp d’internement pour les prêtres. Les religieux qui n'étaient pas prêtres furent autorisés à partir mais le frère Grégoire resta en se proposant comme serviteur des internés. En février 1940, quand on transféra les internés dans un camp de concentration, on l'obligea à quitter Górna Grupa. Tout d'abord il habita chez son frère à Poznan mais, n'ayant pas reçu l’autorisation de séjour, il retourna dans sa famille, au village. Sans tarder il s'engagea clandestinement dans les activités paroissiales. Deux fois par semaine il enseignait le catéchisme aux enfants, les préparait à la première Communion, visitait les malades et les personnes âgées. Après l'arrestation du curé il prit soin du Saint Sacrement et se chargea des affaires de la paroisse.

Les autorités allemandes de Jarocin apprirent, on ne sut comment, que le frère Grégoire était relieur de profession et l'assignèrent au travail à l’imprimerie. Entre temps Grégoire s'était engagé dans la Résistance et colportait un journal clandestin "Pour toi, Pologne" mais il cessa bientôt cette activité sur les conseils de son confrère, le père Kiczka. Quand la Gestapo découvrit le réseau de distribution de ce journal, le frère Grégoire n'y était plus depuis un an. Il n'était donc pas en danger, mais, poussé par l'amour du prochain, il désira aider ses camarades. Il prit conseil du père Kiczka, se confessa et reçut la Communion. Le lendemain il se présenta à la Gestapo et prit sur soi toute la responsabilité du colportage pour sauver les inculpés. A la suite de quoi la plupart d'entre eux furent libérés.

De la prison de Jarocin il fut transféré à Poznan au Fort VII, converti en prison. Son frère écrivit: «Je lui ai apporté un paquet de vivres. Il m'a fait remettre par les gardiens un balluchon contenant une montre cassée, un chapelet déchiré, une chemise tachée de sang, beaucoup de sang...» Son frère retint ses paroles : «Je pense que l'oncle Vincent est à la maison. Qu'il tienne bon. Il a été lui aussi dénoncé. J'ai pris tout sur moi parce que si je meurs, je suis seul, et lui il a une femme et des enfants.»

Frère Grégoire ne dénonça personne et, de cette façon sauva son frère et les autres inculpés. Au Fort VII il resta jusqu'à la fin de 1942. Tous les jours il priait avec les prisonniers. Quand ses oppresseurs découvrirent qu'il était religieux, ils multiplièrent les tortures et choisirent les plus atroces.

Début 1943 il fut transféré à la prison de Dresde où il fut condamné à mort. Quelques heures avant sa mort il écrivit à sa famille : «Pour la dernière fois dans la vie je vous écris cette lettre. Quand vous la recevrez, je ne serai plus de ce monde parce qu'aujourd'hui, 5 mai 1943 à 6h15 du soir je serai décapité. Dites pour moi un Requiem. Dans 5 heures de temps je serai froid mais cela ne fait rien, priez seulement pour le repos de mon âme et des âmes de nos proches. Là-haut je saluerai de votre part notre père décédé et tous les morts de notre famille. Je ne sais pas s'il faut dire à la mère que je suis mort. Faites ce que vous jugerez le mieux. Je n'ai pas de regrets. Je vous salue tous et je vous attends auprès de Dieu. Je salue aussi mes confrères à Bruczków et tous ceux que je connais. Que Dieu vous bénisse ! Restez de bons chrétiens! Je vous demande pardon. J'ai pitié de notre vieille mère bien-aimée. A Dieu, au revoir au ciel ! Mes habits religieux, rendez-les après la guerre aux confrères à Bruczków.»

Dans le souvenir de ses confrères, le frère Grégoire reste jusqu'aujourd'hui l'exemple de l'amour du prochain parce qu'il offrit sa vie pour sauver les autres.

Il a été béatifié par le pape Jean-Paul II, le 13 juin 1999, à Varsovie, parmi les 108 martyrs polonais de la Seconde Guerre mondiale.

 

 

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